Les Oreilles Dans Le Guidon

100 Tours de France en chansons
Podium final du Tour de France 2013
1. Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 83h56’40”
2. Nairo Quintana (Colombie, Movistar) à 4’20” 
3. Joaquim Rodriguez (Espagne, Katusha) à 5’04”
 ___________________________
• Maillot à poids :  Nairo Quintana / 147 points
• Maillot vert : Peter Sagan (Slovaquie, Cannondale) / 409 points
• Meilleur jeune : Nairo Quintana
• Meilleure équipe : Team Saxo Bank-Tinkoff (Danemark) en 251h11’07”

Podium final du Tour de France 2013

1. Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 83h56’40”

2. Nairo Quintana (Colombie, Movistar) à 4’20” 

3. Joaquim Rodriguez (Espagne, Katusha) à 5’04”

 ___________________________

• Maillot à poids :  Nairo Quintana / 147 points

• Maillot vert : Peter Sagan (Slovaquie, Cannondale) / 409 points

• Meilleur jeune : Nairo Quintana

• Meilleure équipe : Team Saxo Bank-Tinkoff (Danemark) en 251h11’07”

Chanson : Alain Bashung - L’arrivée du Tour (1986)

Tour de France, l’arrivée : du Parc des Princes aux Champs Élysées

Le Tour de France s’offre un dernier tour de piste de prestige : départ du Château de Versailles, joyau de l’architecture nationale, puis arrivée sur les Champs Élysées, la « plus belle avenue du monde », en prime time, au coucher du soleil. Un final grandiose pour clore cette centième édition placée sous le sceau du beau (Voir : Le tracé du Tour de France, une grande boucle, vraiment ?).

Si la ville de départ n’est plus fixe depuis 1951 (jusque là, le Tour était toujours parti de Paris, sauf en 1926, quand il avait commencé à Évian), la ville d’arrivée de la Grande boucle n’a pas changé depuis 1903. L’organisation n’a jamais voulu autre chose que la capitale, la Ville Lumière, question de prestige. 

Mais la Grande boucle ne s’est pas toujours bouclée sur les Champs Élysées. De 1903 à 1967, le peloton terminait sa course au Parc des Princes, dont le vélodrome était propriété d’Henri Desgrange, le directeur de l’Auto. Parce qu’avant de devenir le stade emblématique du Paris-Saint Germain en 1974, le Parc des Princes a longtemps été le plus célèbre temple du vélo de l’Hexagone - n’en déplaise à l’OM. Le premier stade, construit en 1897, fut équipé d’une piste à partir de 1903. Rénové en 1932, sa capacité passa alors de 20.000 à 45.000 places.

En 1903, un arrêté préfectoral interdisait de rouler à vélo dans Paris, voilà pourquoi le Tour partit de Montgeron, aujourd’hui dans l’Essonne. Si l’arrivée fut officiellement jugée à Ville d’Avray, les 21 rescapés durent encore couvrir quelques kilomètres de plus, jusqu’au Parc des Princes sous le forcing de l’Auto.

La dernière arrivée dans le vélodrome de l’ouest parisien eut lieu en 1967, juste avant que le Parc des Princes ne soit démoli lors des travaux du périphérique, puis modernisé et privé de piste. Le Français Roger Pingeon s’y imposa cette année-là tandis que Raymond Poulidor remportait l’étape. De 1968 à 1974, la Grande boucle s’acheva à l’autre bout de Paris, en plein Bois de Vincennes, dans le vélodrome de la Cipale, aujourd’hui rebaptisé Jacques Anquetil. Mais Jacques Goddet et Félix Levitan n’appréciaient guère cette arrivée qui ne correspondait pas au standing de « leur » course. 

C’est Lévitan, l’homme de toutes les innovations passées du Tour de France, celui qui fit grimper la course au sommet de l’Alpe d’Huez et l’ouvrit aux dames, qui eut l’idée de terminer sur les Champs Élysées. Un rêve qui demandait de résoudre divers problèmes logistiques et donc de convaincre le monde politique. « J’avais même imaginé le circuit et fait un plan qui encerclait l’Arc de Triomphe et redescendait jusqu’à l’Hôtel de Ville », racontait-il en 2003 au Parisien, dont il avait longtemps dirigé le service des sports.

Décidé, il en touche mot à un ami, le présentateur télé vedette Yves Mourousi, qui se charge d’user de son réseau pour ouvrir les portes de la plus belle avenue du monde au Tour. En novembre 1974, Mourousi souffle l’idée de cette arrivée au jeune Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, fraichement élu. « Mais qu’attendez-vous pour le faire? », s’entend-il répondre. Devant l’enthousiasme du chef de l’État, le ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski, donne son accord, suivi par le préfet de Paris et le président du Conseil de Paris.

Depuis 1975, le rituel est devenu immuable : le Tour prend fin sur les Champs Élysées. Lors de cette première, le Bourguignon Bernard Thévenet finit en jaune, mettant fin au règne du Cannibale Eddy Merckx, tandis que le Belge Walter Godefroot s’impose au bout des 163,5 km disputés en circuit - 25 tours de six kilomètres avec passages devant le Petit Palais, le rond-point des Champs Élysées et l’Arc de Triomphe. Sublime décor, mais parcours des plus lassants. Conscients de leur erreur initiale, les organisateurs modifient la formule dès l’année suivante : une arrivée sur les Champs Élysées au terme d’une vraie étape.

Problème, cette ultime étape n’a jamais suscité le suspense : les coureurs avalent leurs derniers kilomètres en roue libre avant que les sprinteurs ne s’agitent quelques centaines de mètres avant la ligne. Le rituel est bien huilé, d’autant qu’en général la course s’est définitivement jouée la veille. Une règle tacite a même fini par avoir cours au sein du peloton, sorte de pacte de non agression : le coureur en jaune le matin de la dernière étape doit terminer en jaune. Quelques fois, heureusement, un audacieux tente une ultime attaque ; mais ils sont rares. En 38 arrivées, on ne compte que quatre finals en solitaire : Alain Meslet (1977), Bernard Hinault avec le Maillot jaune (1979), Eddy Seigneur (1994) et Alexandre Vinokourov (2005).

Le Tour ne s’est joué qu’une fois sur les Champs Élysées, en 1989. Cette année-là, la lutte fait rage entre Greg LeMond et Laurent Fignon ; ils s’échangent à plusieurs reprises la tunique de leader. Avant la dernière étape, un contre-la-montre individuel entre Versailles et Paris (déjà), l’Intello (Voir : Du Vieux Gaulois à Jaja, les petits noms des champions) compte 50” d’avance sur l’Américain. Un matelas qui semble suffisant pour terminer en jaune au terme des 24,5 km qui mènent les coureurs à l’Arc de Triomphe.

Deuxième, LeMond s’élance juste avant Fignon. Bien calé sur son vélo rallongé d’un guidon de triathlète, l’Américain réalise un temps canon, comme prévu. Le Français ne doit pas perdre plus de 2” par kilomètre s’il veut l’emporter. Seulement il souffre depuis la veille d’une inflammation de l’urètre à cause des frottements entre sa selle et son cuissard. Déjà moins fort en chrono que son adversaire, il risque de perdre plus de temps que prévu. « Cette blessure m’a certainement handicapé, mais elle ne m’a pas empêché de faire le contre-la-montre le plus rapide de toute ma carrière. Au fond, elle ne change rien », expliquait Fignon à GQ Magazine en 2010.

Quand le Français déboule sur les Champs Élysées, le suspens devient insoutenable (Voir les images d’archives sur le site de l’Ina) : il ne cesse de perdre du temps sur LeMond, mais il peut encore s’imposer. À l’antenne, Patrick Chêne et Robert Chapatte tiennent le décompte, « 10, 9, 8… » Il lui reste encore 100m à parcourir quand Fignon entend la clameur du public et voit les drapeaux à bannière étoilée s’élever. Il sait qu’il vient de perdre le Tour. LeMond l’emporte pour 8 minuscules secondes, le plus petit écart jamais enregistré. Fignon ne se remettra jamais vraiment de cet échec hitchockien.

Cette année, tout le monde sait que Chris Froome l’emportera devant Nairo Quintana, le jeune Colombien promis à un bel avenir, et l’Espagnol Joaquim ‘Purito’ Rodriguez. Aucune chance qu’un quelconque retournement de situation n’ait lieu sur les 133,5 km de plat. Le Tour s’est joué à Ax 3 Domaines, sur le Ventoux et le Semnoz. À chaque fois, Froome a atomisé la concurrence, et suscité la suspicion autour de ses performances hallucinantes. Pour sa centième édition, la Grande boucle n’aura, une fois encore, pas été épargnée par les polémiques autour du dopage…

Pour en savoir plus :

• Parc des Princes, Cipale, Champs-Elysées… les grandes arrivées du Tour de France (lemonde.fr) 

• La 100e du Tour : des lieux et des histoires (10/10) (culturesport.net)

• Fignon-LeMond : Un duel pour l’histoire (GQ Magazine)

• Tour 1989 : LeMond-Fignon, huit secondes pour l’éternité (Vélo 101)

Profil de l’étape N°21 du Tour de France 2013Versailles -  Paris / 133,5 km
Maillot jaune : Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 80h49’33”

Profil de l’étape N°21 du Tour de France 2013
Versailles -  Paris / 133,5 km

Maillot jaune : Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 80h49’33”

Archive INA : Le Tour de France à la Télévision (1965)

Presse, radio, télé, Internet : le Tour de France à la une

Annecy - Annecy Semnoz, 125 km. Une petit étape bucolique pense-t-on. De la rigolade après le Ventoux et la double ascension de l’Alpe d’Huez. Les premiers kilomètres autour du lac d’Annecy pourrait d’ailleurs laisser croire à une aimable balade à bicyclette comme celles que chantaient Bourvil ou Yves Montand. Ce serait oublier les dix derniers kilomètres d’ascension du Semnoz, col hors catégorie ; plus de 1000 mètres de dénivelé à 8% de moyenne. Une ultime difficulté qui scellera le podium. Ensuite seulement les coureurs pourront souffler. Et les journalistes avec.

« Même si parfois on est sous le soleil ou en short, le Tour de France, c’est pas des vacances…», clame Gildas Menguy, journaliste à France Bleu Mayenne, dans Le Tour en tête joli webdoc de Radio France consacré à la Grande boucle. « On est dans une bulle. Bien souvent, pendant le Tour de France, on n’est pas trop au courant de ce qui se passe en dehors du vélo. On s’arrête jamais, c’est la passion du métier, et, pour beaucoup d’entre nous, c’est la passion du vélo », poursuit l’enjoué reporter.

Les chiffres de la couverture médiatique du Tour 2013 donnent le tournis : 2300 journalistes accrédités représentant 560 journaux, stations de radio ou chaînes de télé venus de 35 pays. Il faut dire que l’épreuve entretient depuis sa création des rapports plus qu’étroits avec la presse. Pour mémoire, c’est le journal l’Auto qui l’a inventée en 1903 pour dynamiser ses ventes et couler son concurrent, le Vélo (Voir : La création du Tour de France). En outre, la légende du Tour doit beaucoup aux récits trépidants des reporters, qui ont toujours rivalisé de démesure pour mieux sublimer les exploits des champions.

Le Tour de France fait vendre des journaux, les journaux vendent le Tour de France. La (grande) boucle est bouclée. À allure de plus en plus vive. Dans le Journal, René Bierre écrivait déjà en 1930 : « le Tour de France, c’est une grande manifestation de vitesse. Elle est faite de sport, d’information rapide, d’autos, de télégraphe, de téléphone, de radiophonie, de cinéma ». Si la technologie a quelque peu évolué, l’analyse tient toujours : le Tour reste une course pour les coureurs comme pour ceux qui le racontent. Et pour le raconter, une autre course s’engage - mais celle-là ne s’achève jamais -, la course à l’innovation.

Après les premières années de gloire de la presse écrite, la radio s’installe sur la route du Tour en 1929. L’initiative en revient à Jean Antoine, jeune journaliste au quotidien l’Intransigeant. Le 11 juillet, il tient son premier scoop : l’abandon du Maillot jaune Victor Fontan, que ses auditeurs apprennent dès le matin, un jour avant que les journaux ne puissent imprimer la nouvelle. Grâce à la TSF, le Tour s’invite dans les foyers, qui se réjouissent d’écouter en direct les péripéties de la course. Dès les années 1930, le cinéma d’actualités se met aussi à diffuser des images du peloton en action.

« Le Tour a suscité des progrès techniques considérables ; il a eu sur la technique des moyens d’information une influence chaque année grandissante : créant la nécessité, il a provoqué les audaces, les procédés, les inventions », se félicite l’Auto en 1936. Le quotidien d’Henri Desgrange se fait pourtant du souci face à la concurrence de la TSF : ses ventes ne cessent de chuter, comme celles de la plupart des titres. Pour tenter de garder la main, le journal se met alors à commercialiser des enregistrements en 78 tours des meilleurs moments de la course…

Quand le Tour reprend après la Seconde Guerre mondiale (Voir : À qui le Tour), journaux et radios doivent désormais compter avec une petite nouvelle, la télévision. Le 25 juillet 1948 la Radio-Télévision Française (RTF) réussit son premier reportage en direct lors de l’arrivée de la course au Parc des Princes. Deux caméras fixes filment les coureurs dans le vélodrome, une prouesse technique qui a demandé la bagatelle de deux jours de mise au point. Moins d’un an plus tard, le 29 juin 1949, le premier JT de l’histoire consacre l’essentiel de son temps d’antenne aux images du peloton tournées la veille. À peine créée, la télévision n’a déjà d’yeux que pour le Tour.

Si la radio reste le média N°1 des années 1950-60, on enregistre chaque début d’été des pics de ventes de téléviseurs. « Le Tour passait à la TV et il avait beaucoup de succès », se souvenait en 2001 Georges De Caunes, pionnier de la RTF. « On a découvert un Tour tout à fait inédit qui était le Tour télévision, c’est-à-dire riche de toutes ces images quotidiennes ». En 1956, le Monde se ravit même que le Tour de France soit déjà « tous les jours relayé grâce à l’Eurovision par la Belgique, la Hollande, le Luxembourg et l’Italie ». Mais il ne suffit pas d’avoir des images, il faut de belles images.

Dans cette optique, la RTF recourt à l’hélicoptère dès l’été 1960, ce qui permet de retransmettre en direct les derniers kilomètres de certaines étapes avec des plans jamais vu jusqu’à lors. Quatre ans plus tard, l’histoire de la Grande boucle bascule définitivement dans l’ère du direct télévisé quand des millions de téléspectateurs européens suivent en temps réel l’homérique bataille entre Anquetil et Poulidor dans l’ascension du Puy-de-Dôme (Voir : Anquetil vs Poulidor : la France du haut contre la France du bas). 

La montée de la télévision fait de plus en plus souffrir les autres médias. « Je me réjouis, comme organisateur, que le Tour soit la proie de toutes les radios et de la télévision, mais je le redoute comme directeur d’un quotidien sportif », reconnaît d’ailleurs Jacques Goddet dans les années 1970, inquiet de constater que les ventes de l’Équipe s’effritent d’année en année. 

Radio et presse écrite tentent de rester concurrentielles face aux images en couvrant différemment la course. On embauche d’anciens coureurs ou des écrivains (Antoine Blondin dans l’Équipe de 1954 à 1982) pour mieux la raconter, on développe les attractions autour du Tour (Europe 1 avec les soirées Musicorama), etc. Toutes les innovations sont bonnes pour fidéliser le public… Au détriment de l’esprit critique qui avait fait le sel de la presse des années 1930. Les médias censurent sciemment ce qui pourrait gâcher le spectacle ; c’est le début de l’hypocrisie généralisée autour du dopage.

« Autrefois, on n’avait pas d’images, on pouvait rêver plus fort », rappelait en 1996 Serge Laget sur France Culture. Ce grand spécialiste du Tour évoquait alors les « temps héroïques », quand Georges Briquet, « le roi des radios-reporters », contait les exploits des « géants de la route », n’hésitant pas à les exagérer pour mieux (re)faire l’histoire. Et si, « le spectacle à la télévision devient autant sinon plus excitant que dans les tribunes », comme le note l’historien Georges Vigarello dix ans plus tard, toujours sur France Culture, pour Laget, les images ont desservi la mythologie de l’épreuve. À la radio, un ravin de cinq mètres peut mesurer cent mètres tandis qu’à la télévision, tout le monde constatera sa véritable profondeur…

Voilà sans doute pourquoi les plus jeunes délaissent désormais le Tour de France. En 1996, une enquête de Médiamétrie révélait le vieillissement du public, majoritairement masculin et âgé de plus de 50 ans. Une tendance qui n’a cessé depuis de s’accentuer : dix ans plus tard, un téléspectateur du Tour sur deux avait plus de 60 ans. Ce qui n’empêche qu’en 2011, plus de la moitié de la population française a déclaré avoir suivi le Tour. 

Malgré cette tendance, France Télévisions n’est pas prête à renoncer à ce qui reste un symbole national et une jolie vitrine. D’autant que depuis une quinzaine d’éditions les audiences se maintiennent, bon an, mal an, autour de 3 à 4 millions de téléspectateurs quotidiens, avec des pics lors des étapes de montagne. Cette année, l’Alpe d’Huez et le Mont Ventoux ont offert plus de 50% de part d’audience à France 2. Des chiffres plutôt encourageants pour l’avenir. Sans parler d’Internet, où la Grande boucle semble trouver un nouveau souffle grâce aux innovations technologiques qui améliorent encore sa couverture. On n’arrête pas la roue du progrès.

Pour en savoir plus :

• Le Tour de France cycliste 1903-2005, de Sandrine Viollet, Éditions L’Harmattan, 2007, 256 pages

• Le Tour en tête, un webdocumentaire de Radio France

• http://www.jeanpaulbrouchon.fr/

Profil de l’étape N°20 du Tour de France 2013Annecy - Annecy Semnioz / 125 km
Maillot jaune : Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 77h10’00’

Profil de l’étape N°20 du Tour de France 2013
Annecy - Annecy Semnioz / 125 km

Maillot jaune : Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 77h10’00’

Chanson : Les Frères Jacques - Bon Dieu où est ce Peloton (1969)

Lanterne rouge, voiture balai : la course à l’arrière du Tour

« Tu t’arrêtes, André ? », demande le type qui vient de claquer la porte conducteur de la voiture balai. « Ça va pas », lui répond dans un souffle le coureur, la mine défaite. « C’est dur aujourd’hui », tente le chauffeur en guise de réconfort avant de lâcher : « Tu seras pas tout seul, tu vois ! », pendant que le pauvre André Corbeau grimpe péniblement à l’arrière du véhicule. La scène, émouvante, se passe dans Autour du Tour : le Tour de France d’un coursier, génial documentaire tourné par Jacques Ertaud pendant la Grande boucle 1976. 

Équipier anonyme, André Corbeau a couru deux Tours (1975, 1976), mais n’a jamais vu Paris. À chaque fois, il a dû abandonner au pied de la montagne. Sans surprise, les sommets font chaque été de sacrés dégâts dans le peloton. Cette année, la première arrivée en altitude à Ax 3 Domaines a encore une fois écrémé : un abandon dans la journée puis deux le lendemain, deux non-partants, un hors délais. 

En 1910, l’année où il l’invente, Henri Desgrange n’imagine pas quel va devenir le vrai rôle de la voiture-balai. À l’origine, la camionnette servait surtout à vérifier que les retardataires n’utilisaient pas d’autres moyens de transport que leur vélo pour terminer l’étape plus qu’à récupérer ceux qui abandonnaient… Tout change. Même les balais qui ornaient autrefois l’arrière du véhicule ont disparu pour laisser place à un simple marquage par autocollants.

« Les coureurs qui se retrouvent en fin de course, devant la voiture balai, sont en réelle détresse. Ce sont des garçons qui connaissent un jour sans, qui se ressentent de la chute de la veille. Quand le gruppetto se forme, ça va, mais voir un coureur tout seul, on n’aime pas ça », glisse Alain Daniel, chauffeur de la voiture-balai depuis 2006. « Il n’y a pas de place pour les malades et les blessés sur le Tour », reconnaît-il, lui l’ancien cycliste averti qui « sait ce que c’est que de galérer sur un vélo ».

D’autant qu’aucun coureur ne veut arrêter la prestigieuse course en cours de route. « À partir du moment où on peut pédaler, tenir le guidon, même si on est lâché, même si on n’est pas bien, même si on roule à dix à l’heure, vous ne voulez pas abandonner le Tour », explique Jean-François Bernard (Voir : Mont Ventoux : à l’assaut du « Dieu du mal ») au micro de France Bleu.  Alors quand on pédale dans la semoule, on n’a qu’une hantise, sentir la voiture-balai dans son dos. « Ce qu’on n’aime pas, c’est le changement de vitesses, ça vous reste à vie ! », se souvient l’ancien maillot jaune, 3e du Tour 1987. « [Le conducteur] est en première puis quand c’est un peu moins dur, il passe la deuxième, mais comme vous, vous avancez pas, il remet en première. Ce bruit derrière vous, c’est plus que pénible ! »

Malgré son rôle ingrat, le pilote de la voiture-balai se montre en général des plus compatissants avec les malheureux. Souvent, même, il tente de les encourager, vitre baissée, parce que « le plus dur, c’est le moment où le coureur déchausse et pose pied à terre », lâche Alain Daniel. Le commissaire, qui voyage sur le siège passager, doit alors retirer son dossard au champion avant de l’inviter à s’assoir à l’arrière. Aujourd’hui, cette dernière pratique n’a plus cours : les coureurs contraints à l’abandon finissent l’étape dans la voiture de leur directeur sportif.

Dans le peloton, on sait qu’il vaut mieux terminer dernier plutôt que d’abandonner. Au point que la place de lanterne rouge - l’expression vient du feu que l’on accrochait sur le dernier wagon d’un convoi ferroviaire - est même (un peu) convoitée. « Quand tu es dernier, ça te fait beaucoup de publicité. Les gens qui regardent les classements dans les journaux regardent quoi ? Les premiers et le dernier. Du coup, on s’en souvient ! », confirme le Belge Wim Vansevenant, qui détient le record de dernières places sur le Tour - trois, en 2006, 2007 et 2008. 

Jadis, ce trophée officieux était même recherché parce qu’il permettait d’obtenir de meilleures primes lors des critériums d’après-Tour. Ce privilège a disparu depuis bien longtemps, mais la place de dernier n’a toujours pas perdu de son attrait. Pour le symbole, celui du « pauvre malheureux qui va au bout malgré tout », comme l’avoue Philippe Gaumont, lanterne rouge du Tour 1997. 

Voyant qu’il n’était pas au mieux cette année-là, son directeur sportif, Cyrille Guimard, lui avait « demandé de [se] laisser décrocher, en simulant une maladie ». « Je faisais semblant d’être plié en deux, je jouais mon rôle pour les spectateurs et, à l’arrivée, il y avait quelques journalistes autour du camping-car de l’équipe Cofidis. Ils étaient venus pour moi, j’avais rempli ma mission », raconte-t-il dans son autobiographie Prisonnier du dopage (2005).

Quelques lanternes rouges sont restées célèbres, comme l’Algérien Abdelkader ZaafAprès ses déboires lors du Tour 1950 (Voir : Boire et manger sur le Tour : la chasse à la canette), le fougueux coureur nord-africain finit l’édition suivante bon dernier, à près de 5h du leader, le Suisse Hugo Koblet. Excellent rouleur, Zaaf avait une stratégie de course pour le moins étonnante : les échappées kamikazes en plaine pour empocher les primes des sprints intermédiaires. Une fois les sous dans la musette, il se replaçait généralement à l’arrière, laissant les meilleurs en découdre pour le final.

Lassés de voir certains se battre pour la dernière place, les organisateurs ont, un temps, modifié le règlement de l’épreuve. « Dans les années 70-80, il y a eu quelques Tour où la lanterne rouge était éliminée chaque soir. Il fallait donc vraiment s’accrocher pour éviter ça », se remémore le double vainqueur Bernard Thévenet (1975, 1977). Devant l’incompréhension du public et du peloton, ce principe d’élimination quotidienne a rapidement été abandonné. À la plus grande joie des sprinteurs, souvent lâchés dès que le Tour s’élève. Parmi eux, le Néerlandais Tom Veelers, bien parti pour remporter le « trophée » 2013, à plus de 3h30 de Chris Froome.

Pour en savoir plus :

Autour du tour : le tour de France d’un coursier, un film de Jacques Ertaud (INA)

• De l’art d’être lanterne rouge (FranceTV Sport)

• Sur le Tour, je suis… chauffeur de la voiture balai (Vélo 101)

• La voiture balai à l’abandon (Libération)

Profil de l’étape N°19 du Tour de France 2013Bourg-d’Oisans -  Le Grand-Bornand / 204,5 km
Maillot jaune : Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 71h02’19”

Profil de l’étape N°19 du Tour de France 2013
Bourg-d’Oisans -  Le Grand-Bornand / 204,5 km

Maillot jaune : Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 71h02’19”

Chanson : Jonteknik - Alpe d’Huez (Remix) (2012)

Le Tour se gagne à l’Alpe d’Huez

C’est un menu montagne Golden que s’offre le peloton. Pour la 18e étape du Tour 2013, les coureurs ont le plaisir de s’enfiler deux fois dans la même journée l’ascension des fameux 21 virages de l’Alpe d’Huez, avec arrivée au sommet au bout de 1160 mètres de dénivelé sur une pente inclinée à 8% en moyenne avec des passages à 14. Attention à ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre.

L’histoire d’amour entre la Grande boucle et l’Alpe d’Huez a commencé à l’été 1952. Le 4 juillet, Fausto Coppi s’impose seul au bout des 266 km d’une étape partie le matin de Lausanne. Avec 1’20 d’avance sur le Breton Jean Robic. « Je sus qu’il n’était plus là en n’entendant plus ni sa respiration ni le crissement des pneus sur le sol derrière moi. J’ai préféré ne pas me retourner », expliquera le Campionissimo après avoir franchi la première arrivée du Tour placée en altitude.

Le lendemain, Jacques Goddet se fend d’un éditorial emphatique dans l’Équipe : « De l’autre côté de l’énorme crevasse que forme la vallée de la Romanche, le massif du Pelvoux, marbré et veiné, ses glaces éternelles, domine de sa majesté tous ses voisins, comme Coppi, immense et solitaire, vient de dominer tous ses adversaires ». La légende de l’Alpe d’Huez prend corps.

À l’époque, certains confrères de Goddet jugent la montée « trop difficile » et réclament qu’on la retire du parcours. Voilà peut-être pourquoi il a fallu attendre 24 ans pour que le peloton s’y frotte de nouveau… Toujours est-il que depuis 1976, elle a été gravie 27 fois, et même 29 si l’on compte l’édition 2013. En réalité, l’Alpe d’Huez doit son succès à la télévision. « C’est un parcours un peu en balcon, on voit tous les coureurs, les plans sont magnifiques, notamment depuis l’hélicoptère », explique le journaliste Jean-Paul Vespini,  qui a consacré un livre aux 21 virages télégéniques, devenus mythiques.

Pourtant, ce n’est pas l’ascension du Tour la plus difficile. « On peut même récupérer dans les virages. Rien à voir avec une montée comme le Ventoux », souffle Vespini.  Seulement, comme elle se trouve en général placée en fin d’étape, elle fait office « d’examen de passage ». Statistique étonnante : vingt des vingt sept coureurs qui ont revêtu la tunique de leader en haut se sont imposés à Paris, d’où le dicton : « Le Tour se gagne à l’Alpe d’Huez ». 

Surnommée la « montagne des Hollandais » à cause des huit victoires bataves entre 1976 et 1989, l’Alpe d’Huez est ensuite devenue celle des Italiens, qui comptent six succès depuis 1990. C’est d’ailleurs le grimpeur transalpin Marco Pantani qui détient le record de l’ascension la plus rapide : 36’40 le 12 juillet 1995. Un temps express placé sous le soupçon du dopage.

Voilà qui nous rappelle que l’Alpe d’Huez reste, elle aussi, tristement marquée par les « affaires ». En 1978, Michel Pollentier s’impose en solitaire au terme d’une belle échappée. Grâce à cette victoire de prestige et aux bonifications, le porteur du maillot à pois se paie le luxe de prendre la tête du général, avec 4” d’avance sur Joop Zoetemelk et 18 sur Bernard Hinault. Radieux, il enfile la tunique jaune… avant de la rendre à peine 2h30 plus tard.

Car entretemps, le Belge a été déclassé et exclu du Tour pour usage de produits interdits. Il a bien tenté de tricher lors du contrôle, mais le médecin a découvert la poire d’urine saine cachée sous son aisselle. Dans son échantillon, on découvre de l’Alupin, un produit qui améliore les capacités respiratoires… « Pollentier-le polio », comme le surnomme méchamment Hinault à cause de son coup de pédale disgracieux, reviendra sur le Tour dès 1979, mais ne portera jamais plus le Maillot jaune.

En 2006, la montée de l’Alpe d’Huez replace Floyd Landis à la tête du classement général. Victime d’une sévère défaillance, l’ancien coéquipier d’Armstrong s’effondre le lendemain. Il récupère finalement la 1ère place lors de l’avant-dernière étape contre-la-montre et termine en jaune sur les Champs Élysées. Quelques jours plus tard, on apprend que l’Américain a été contrôlé positif à la testostérone à l’issue la 17e étape, le jour où il a atomisé ses adversaires entre Saint-Jean-de-Maurienne et Morzine. Au bout d’une interminable procédure, Landis avoue qu’il s’est dopé et se fait déclasser.

Heureusement, on se souvient aussi de l’Alpe d’Huez pour les exploits qui s’y sont joués.  En 1984, le bras de fer qui oppose Laurent Fignon à Bernard Hinault fait les affaires d’un petit grimpeur amateur, le Colombien Luis Herrera. En s’adjugeant la victoire au sommet des 21 virages, il devient le premier non-européen à remporter une étape du Tour et scelle la réputation des coureurs andins en montagne. 

Deux ans après, Hinault prend sa revanche, signant le premier des deux seuls succès français à l’Alpe d’Huez - avec celui de Pierre Rolland en 2011. Le Blaireau franchit la ligne d’arrivée main dans la main avec son rival et coéquipier Greg LeMond. « Un aigle à deux têtes », titre un peu naïvement l’Équipe du lendemain tant cette réconciliation tient du symbole médiatique… Cette année-là, l’Américain remporte le Tour non sans avoir dû contenir les assauts d’un Hinault peu fair play. Le Breton avait pourtant juré qu’il se mettrait au service de LeMond après que celui-ci l’eut aidé dans la quête de son cinquième titre en 1985. Le Tour 2013 se gagnera-t-il de nouveau au sommet des 21 lacets ?

Pour en savoir plus :

Le Tour se joue à l’Alpe d’Huez, de Jean-Paul Vespini, Éditions Jacob Duvernet, 2008, 262 pages

Le Tour de France : Lieux et étapes de légende, de Jean-Paul Ollivier, Éditions Flammarion, 2008, 189 pages

La terrible ascension de l’Alpe d’Huez: entretien avec Jean-Paul Vespini (JOL Press)

Profil de l’étape N°18 du Tour de France 2013Gap -  Alpe d’Huez / 172,5 km
Maillot jaune : Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 66h07’09”

Profil de l’étape N°18 du Tour de France 2013
Gap -  Alpe d’Huez / 172,5 km

Maillot jaune : Chris Froome (Grande-Bretagne, Sky) en 66h07’09”

Chanson : Abdoujaparov - Abdoujaparov Theme (2000)

Le Tour de France à la conquête du monde

Le 4 juillet, quand Daryl Impey a revêtu la tunique de leader après la victoire de son équipe dans le contre-la-montre, le centième Tour de France enregistrait une nouvelle première : un maillot jaune africain, preuve de l’internationalisation du peloton. Sur les 198 coureurs qui ont pris le départ à Porto Vecchio, on comptait 34 nationalités. La France reste le pays le plus représenté (42) devant l’Espagne (27) et l’Italie (18). Si l’Europe envoie le principal contingent de concurrents, pour la première fois, chaque continent compte au moins un représentant. 

Aujourd’hui, la présence de coureurs du monde entier semble évidente. Pourtant, il a fallu attendre 1981 avant qu’un non-européen, l’Américain Jonathan Boyer, participe au Tour. Cinq ans plus tard, un autre américain, Greg LeMond, inscrivait le premier nom non-européen au palmarès. Avant lui, le grimpeur colombien Luis Herrera s’était illustré en devenant le premier vainqueur non-européen d’une étape (Alpe d’Huez, 1984) et le premier porteur non européen d’un maillot (Grand prix de la montagne, 1985).

L’ouverture au monde de la Grande boucle tient à la volonté d’un homme, Félix Lévitan, l’historique directeur de la Société du Tour de France (1962-87). En 1983, au moment où les Français prennent conscience de la mondialisation, il inaugure la formule OPEN du Tour, c’est-à-dire accessible aux coureurs amateurs. Grâce à cette innovation, des cyclistes venus d’Amérique et d’Europe de l’Est - où le professionnalisme sportif est prohibé -, ont le droit de s’engager sur la Grande boucle.

« Le dernier Tour de l’Avenir OPEN m’a convaincu que le cyclisme s’universalisait à grande vitesse. Bientôt, des pays neufs vont prétendre légitimement à des organisations qui vont heurter nos bonnes vieilles habitudes », prophétise Félix Lévitan en juillet 1982, quand il présente son idée. « Le risque existe par exemple de voir les Américains créer une fédération dissidente si nous ne prenons pas en compte leur existence. Et alors avec leurs dollars… »

Demi-échec pour les débuts du Tour OPEN : une seule équipe d’amateurs s’inscrit en 1983. Elle regroupe les meilleurs Colombiens, spécialistes de la montagne, mais piètres rouleurs. Quatre des dix engagés rallient Paris ; le meilleur d’entre eux, Edgar Corredor, se classant 16e. Mais en Colombie, l’intérêt pour la course explose. « La presse colombienne a engagé des moyens considérables. Elle a délégué en France 32 journalistes assistés de 20 techniciens qui représentent trois chaînes de radio-télévision, quatre quotidiens et plusieurs revues », précise le Monde du 12 juillet.

En 1986, l’internationalisation s’accélère. Deux équipes colombiennes et une américaine s’engagent sur le Tour. La Fédération soviétique dépêche aussi un délégué chargé d’étudier l’intérêt d’envoyer des coureurs communistes sur la Grande boucle. « On ne peut plus bouder les grandes épreuves OPEN, mais une participation au Tour de France demanderait une longue préparation. D’après tout ce que j’ai vu, je crois qu’il faut s’y prendre au moins deux ans à l’avance », précise Dimitri Poliszczuki dans son rapport.

Poursuivant l’objectif de s’ouvrir à l’Est, le Tour s’élance le 1er juillet 1987 de Berlin (Voir : Le tracé du Tour de France, une grande boucle, vraiment ?). Peine perdue, aucun coureur installé de l’autre côté du Rideau de fer ne disputera la course avant la chute du Mur et, dans les faits, la formule OPEN prend fin dès 1985 avec la professionnalisation des Colombiens. Ceci dit, en 1990, l’équipe Alfa-Lum fait courir des Soviétiques dont le statut pro reste très encadré par le régime agonisant. L’un d’eux, Dimitri Konyshev, s’adjuge la 17e étape, signant la première victoire russe sur le Tour. Un autre coureur issu de l’URSS s’illustrera dans les années 1990, le sprinteur ouzbek Djamolidine Abdoujaparov, triple vainqueur du maillot vert en 1991,1993 et 1994.

Le limogeage de Félix Lévitan, 76 ans, en 1987 acte l’entrée de la course dans une nouvelle ère, celle d’un monde globalisé. La direction prend un coup de jeune, avec l’arrivée aux commandes de Jean-François Naquet-Radiguet et, surtout, de Jean-Marie Leblanc. Ils auront à cœur de mettre sur pied « une gestion moderne » qui doit s’ouvrir « aux nouveaux publics qu’[ils entendent] conquérir, japonais ou américains ». Dès lors, « le Tour sera en priorité considéré par ses nouveaux dirigeants sous l’angle médiatique international », pronostique le Figaro.

À raison. Les droits TV vont exploser tout au long des années 1990. En 1988, ils ne représentent que 10% du budget de l’épreuve. Cinq ans plus tard, ils atteignent déjà 38% et en 2003, ils passent la barre des 50%. Aujourd’hui, France Télévision paie 24 millions d’euros à ASO pour diffuser « son » feuilleton sportif du mois de juillet. À l’heure de la mondialisation, l’aspect financier de la course a indéniablement pris le pas sur l’aspect spectacle, ce qui n’empêche pas 3,5 milliards de téléspectateurs d’avoir suivi le Tour en 2012, selon ASO. Un succès indéniable et hyper rentable.

Pour aller plus loin :

Le Tour de France cycliste 1903-2005, de Sandrine Viollet, Éditions L’Harmattan, 2007, 256 pages